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F-16 Gate, nouveau symbole de la corruption de nos élites ?

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Non, notre pays n’est pas exemplaire en matière de lutte contre la corruption. Loin s’en faut. Le récent scandale autour du remplacement des F-16 de la Composante Air de notre armée en constitue une nouvelle illustration. L’heure du grand ménage a sonné pour nos élites.

Des fonctionnaires corrompus, des juges et procureurs véreux, des parlementaires peu pressés de rogner leurs privilèges, un ministre de la Défense empêtré dans un scandale lié au remplacement d’avions de combat... Non, ce n’est pas ici le tableau d’une république bananière tropicale, mais bien celui de notre beau pays, la Belgique.

La Belgique à la traîne en matière de lutte contre la corruption

En 2016 déjà, Le Vif révélait que la corruption au sein de la fonction publique belge s’élevait à quelque 4 milliards d’euros par an. Un montant confirmé par Paul Meulemans, commissaire à l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC), selon qui certains fonctionnaires engrangeraient illégalement jusqu’à 2 000 euros par mois. Et certains de nos services publics compteraient un fonctionnaire sur trois coupable de fraude à long terme.

Plus récemment, c’est le très sérieux Conseil de l’Europe qui s’est officiellement ému du manque d’avancée de notre pays en termes de corruption. Dans son dernier rapport, le Groupe d’États contre la corruption (Greco), créé par le Conseil de l’Europe en 1999, épingle la Belgique dans son traitement des parlementaires, juges et procureurs corrompus : « Le Greco conclut que la Belgique n’a mis en œuvre de façon satisfaisante ou traité de manière satisfaisante aucune de (ses) quinze recommandations ».

En ce qui concerne les parlementaires belges, « le processus de réflexion et de réforme se trouve toujours à un stade qui offre peu de perspectives de progrès », regrette le Greco. Idem pour la corruption des juges et procureurs. Pour le Conseil de l’Europe, la « note » finale de la Belgique est donc « globalement insuffisante ».

Le F-16 Gate, la goutte d’eau qui fait déborder le vase

Mais c’est sans doute l’affaire tournant autour du remplacement de nos avions de combat F-16 qui illustre le mieux la dérive de notre pays. Rebaptisée « F-16 Gate » par la presse, l’affaire a été révélée par un adjudant à la Composante Aérienne, membre de l’armée depuis plus de 30 ans, selon qui le système de contrôle interne de la Défense pourrait être corrompu. Les intérêts personnels et de carrière, ainsi que la culture de l’organisation, conduiraient les collaborateurs à corrompre le système de contrôle, qui aurait tout d’une « façade » — particulièrement dans le dossier hyper sensible des F-16.

Un autre informateur a révélé que Lockheed-Martin, le fournisseur de nos F-16 et accessoirement en lice pour nous vendre leurs successeurs, les F-35, aurait, dès avril 2017, adressé une note secrète aux dirigeants de notre pays. Celle-ci affirmait que nos F-16 pouvaient parfaitement servir pendant une période de cinq ou six ans supplémentaires, et n’avaient donc pas besoin d’être remplacés avant 2023 ou 2024.

Cinq années bien utiles pour Lockheed-Martin : le temps pour les Américains de peaufiner leur dossier et d’attendre que leur jet furtif soit enfin estampillé « combat proven », ce qui est déjà le cas du Rafale de Dassault depuis plusieurs années.

La précipitation de notre gouvernement interroge : pourquoi dépenser des milliards pour financer le renouvellement de notre flotte militaire si vite, alors que nos F-16 sont encore parfaitement opérationnels, et que les F-35 par lesquels il est probable que nous les remplacions ne seront, de toute façon, pas labellisés « fiables pour le combat » avant plusieurs années ? Faut-il y voir une prétention un peu vaine de rivaliser, sur le papier au moins, avec la flotte française ou britannique ? Une hérésie d’autant plus grande qu’accepter l’offre américaine pour le renouvellement de nos F-16 nous couperait définitivement du programme de développement du Système de combat aérien du futur (SCAF), qui accouchera du futur avion de combat européen.

Faisons le ménage !

Le F-16 Gate est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il doit y avoir un grand nettoyage au sein de nos élites politiques, à commencer par notre ministre de la Défense, Steven Vandeput. Comme l’a déclaré André Flahaut, le ministre du Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles et ancien ministre de la Défense de 1999 à 2007, « le dossier de remplacement des F-16 est plombé. Il est foutu. Il faut que des têtes tombent, notamment du côté de l’armée, et que des plaintes soient déposées au niveau du pouvoir judiciaire ».

« Il faut changer les hommes, reconstituer les équipes, reprendre en main les dossiers et surtout intégrer les nouveaux éléments qui sont aujourd’hui sur le plateau, à savoir la proposition française de partenariat européen qui est certainement plus intéressante qu’une opération économique et commerciale du F-35 ou de l’Eurofighter », a encore déclaré André Flahaut. En l’état, on ne voit pas comment la décision quant au remplacement de nos F-16 pourrait être prise sereinement. Le processus de décision doit être provisoirement interrompu, les individus corrompus mis de côté et la procédure doit repartir de zéro.

D’autant que rien ne presse. Si nos F16 sont encore opérationnels, pourquoi chercher à les renouveler dès aujourd’hui, si ce n’est pour faire plaisir aux États-Unis, qui cherchent à nous vendre leur matériel le plus vite possible ? Comment ont-ils obtenu de notre classe politique une telle motivation et un tel empressement à faire la promotion d’un avion de combat pourtant loin de faire l’unanimité, y compris chez eux ? Pourquoi nos dirigeants cèdent-ils aussi facilement aux États Unis d’un Trump qu’ils détestent, en balayant d’un revers de la main tous leurs engagements européens, et ce alors que des projets structurants émergent et que des solutions intérimaires existent ? Le mystère reste entier.

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